
Médecine et chirurgies générales
Examen et chirurgies des yeux
Dysfonctionnement rétinien : pourquoi un bilan visuel peut être nécessaire ?
De nombreuses affections peuvent altérer son fonctionnement chez nos animaux domestiques. Lorsque ces atteintes évoluent progressivement, il est fréquent que le propriétaire ne remarque pas immédiatement une baisse de vision, parfois même lorsque le déficit visuel est déjà très avancé. Cette situation s’explique notamment par la capacité d’adaptation de l’animal dans son environnement habituel, et par l’absence, dans de nombreux cas, de modification visible de l’aspect externe de l’œil.
Atteintes rétiniennes : réversibles ou irréversibles
Certaines maladies entraînent des lésions irréversibles, comme l’Atrophie Rétinienne Progressive (ARP) ou encore un glaucome sévère non contrôlé. Une détection précoce de certaines atteintes et de la rétine peut permettre d’adapter rapidement la prise en charge et, dans certains cas, de préserver la vision en minimisant les conséquences sur la rétine, notamment lors de glaucome débutant.
Comment évaluer la fonction rétinienne ?
En complément d’un examen ophtalmologique complet, certains examens spécialisés permettent d’évaluer de manière objective le fonctionnement rétinien et les répercussions d’une maladie en cours d’évolution. Ils fournissent des données mesurables, sous forme de valeurs chiffrées et de graphiques, afin de mieux caractériser la situation clinique et d’orienter le suivi et/ou le traitement.
Si vous avez le moindre doute concernant la vision de votre animal — même jeune — il est recommandé de prendre rendez-vous afin de réaliser un bilan visuel. Un dépistage précoce est souvent la clé d’une prise en charge optimale.
Vous trouverez ci dessous plus d'informations sur les techniques d'exploration de la rétine
Electrorétinographie
L’électrorétinographie est un examen fonctionnel de la rétine. Il ne s'agit pas d'obtenir une image (comme dans l'OCT) mais de récolter un signal sur un graphique comme on le ferait avec un électrocardiogramme ou un électroencéphalogramme.
Elle est indispensable dans certaines décisions thérapeutiques.
Elle est sûre, indolore et très informative. elle permet de comprendre la cause d’une perte de vision, d'evaluer le pronostic visuel, de décider de l’intérêt d’une chirurgie (ex. cataracte), d'anticiper l’évolution d’une maladie oculaire, d'adapter l’environnement et le suivi de l'animal.
Tomographie
par Cohérence Optique
La tomographie par cohérence optique (OCT) est une technique d'imagerie non invasive qui permet de visualiser la cornée et la rétine avec une précision remarquable (plus importante encore que l'échographie ultra haute résolution) grâce à une technique de balayage par une lumière laser sur la structure à observer.
Une source lumineuse est dite cohérente quand elle peut engendrer des phénomènes d’interférence. Cette technique mesure la lumière (laser) réfléchie sur la structure analysée en la comparant à une lumière réfléchie sur un miroir de référence, la combinaison de ces deux signaux produisant un phénomène dit d’interférence. L’intensité du signal dépend des propriétés optiques des tissus. A partir de cet enregistrement, l’appareil reconstruit une coupe sagittale de la structure analysée avec une grande précision dans le détail. La plupart des 9 couches de la rétine peuvent être visualisées.
Pupillométrie chromatique
La pupillométrie réflexe chromatique consiste à enregistrer la surface (ou le diamètre) pupillaire en fonction du temps pendant une stimulation lumineuse contrôlée avec différentes longueurs d’onde.
Concrètement, il s'agit de mesurer de façon objective comment la pupille de votre animal réagit à la lumière. En fonction des courbes et des chiffres obtenus, on peut tirer des conclusion concernant le fonctionnement de certaines couches de la rétineEEn
Cet examen ne remplace pas un examen ophtalmologique complet : c’est un outil complémentaire, très utile pour objectiver ce que fait la pupille et orienter les examens et/ou les traitements.
L'OCT ou Tomographie par Cohérence Optique
L’examen est inoffensif, sans contact avec l'oeil et donc indolore.
Chez nos animaux de compagnie, l’OCT est utile pour examiner l'état de la cornée avant une chirurgie et surtout pour diagnostiquer certaines maladies rétiniennes dégénératives ou inflammatoires ou encore pour détecter les décollements de rétine même débutants. L’OCT nous permet de mieux comprendre la rétine et d’adopter la meilleure décision thérapeutique en fonction de la suspicion diagnostique.



Décollement localisé de la rétine rétine normale
Cet examen se pratique sous sédation ou anesthésie général car la qualité des images recueillies dépend de l'immobilité de l'animal. L’appareil ressemble à une caméra, le dispositif est placé devant l'oeil (environ 1 cm) de votre compagnon et il n’y a aucun danger ni douleur lors de l’examen. Cet examen dure entre 5 et 15 minutes en fonction du segment observé.
L’OCT ouvre un champ d’exploration exceptionnel; il nous donne effectivement des images dont la résolution est de l’ordre du micron ! Pour la rétine, nous pouvons donner une coupe « cellulaire »… De plus, nous pouvons réaliser avec cette machine des examens du fond d’œil en infra rouge et auto fluorescence (Color Imaging) nous permettant un meilleur discernement des lésions de la rétine.
L’appareil est à l’origine adapté à l’examen de la rétine. Pour celui-ci, la pupille est idéalement dilatée au préalable par l’instillation d’une goutte d'un collyre mydriatique. L’examen cornéen nécessite la mise en place d’une lentille spéciale à l’extrémité de la source émettrice, permettant de focaliser le faisceau sur la cornée.
Limite de l’OCT
- L’examen doit être réalisé sur un œil immobile. Il peut être nécessaire de sédater, voire d’anesthésier l’animal pour l’examen. Ceci doit être discuté sur un animal âgé, avec d’autres pathologies concomitantes.
- Les images seront de mauvaise qualité sur des cornées très pigmentées, ou très épaissies (œdème suite à un glaucome, par exemple).
- De même, les opacités dans le milieu, qu’elle soit sur la cornée, sur le cristallin, ou dans le vitré entraînent des artéfacts, ou empêchent de voir les structures .
- La myopie et la longueur de l’axe du globe peuvent accentuer l’incidence des artéfacts en réduisant l’épaisseur des fibres nerveuses rétiniennes péripapillaires.
Electrorétinographie
À quoi sert l’électrorétinographie ?
L’électrorétinographie, souvent abrégée ERG, est un examen qui permet d’évaluer le fonctionnement de la rétine, c’est-à-dire la partie de l’œil qui capte la lumière et la transforme en signal nerveux transmis au cerveau.
👉 L’ERG ne montre pas l’aspect de la rétine, elle mesure son activité électrique.
Autrement dit : la rétine peut sembler normale à l’examen, tout en ne fonctionnant déjà plus correctement.
Comment fonctionne la rétine ?
La rétine contient deux types principaux de cellules sensibles à la lumière :
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Les bâtonnets
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Vision nocturne
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Vision périphérique
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Les cônes
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Vision diurne
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Vision des détails et des couleurs
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Lorsqu’un flash lumineux atteint l’œil, ces cellules génèrent un signal électrique.
L’ERG enregistre ce signal grâce à des électrodes très fines.
Que mesure concrètement un ERG ?
L’examen enregistre une courbe électrique composée principalement de deux ondes :
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Onde a → activité des photorécepteurs (bâtonnets et cônes)
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Onde b → activité des cellules internes de la rétine
L’analyse de ces ondes permet de savoir :
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si la rétine fonctionne normalement,
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si le problème touche surtout les bâtonnets, les cônes, ou l’ensemble de la rétine,
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si l’atteinte est légère, sévère ou totale.
Quelles maladies peut-on détecter avec un ERG ?
L’ERG est particulièrement utile pour diagnostiquer ou confirmer :
🔹 Atrophie rétinienne progressive (ARP / PRA) (Maladie génétique fréquente chez certaines races)
🔹 Dégénérescences rétiniennes acquises (Intoxications - Maladies métaboliques - Processus inflammatoires ou dégénératifs, etc.)
🔹 Glaucome avancé
🔹 Décollement de rétine
🔹 Lors d'une cataracte, un ERG est indispensable avant d'envisager une chirurgie
Comment se déroule l’examen en pratique ?
🕒 Durée
Environ 30 à 45 minutes, selon le protocole.
😴 Anesthésie
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L’examen est généralement réalisé sous anesthésie car le chien doit rester parfaitement immobile
👁️ Préparation de l’œil
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Dilatation des pupilles
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Adaptation à l’obscurité (pour tester les bâtonnets)
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Mise en place d’une électrode sur la cornée et autour des yeux (indolore, avec un gel protecteur)
💡 Stimulation lumineuse
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Séries de flashs lumineux d’intensité variable en environnement sombre et parfois lumineuse.

Sur ce tracé ERG, on observe une courbe normale pour l'oeil droit alors que la courbe enregistrée pour l'oeil gauche est tout à fait anormale (totalement "plate"). La rétine de l'oeil gauche ne fonctionne pas, pour en déterminer la cause l'historique de l'animal, l'examen de fond d'oeil et l'OCT peuvent nous aider.
LIMITES DE L'ERG
L’ERG est un examen indispensable et très fiable
Mais :
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elle n’explore pas le cerveau, le nerf optique et les autres voies visuelles (un animal peut être aveugle avec un ERG normal), elle ne montre pas l’anatomie, elle ne mesure pas la vision perçue, elle n’explique pas toujours la cause, elle dépend beaucoup de la qualité technique.
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Elle doit donc être complémentaire de l’examen du fond d’œil, de l’OCT, de l’échographie oculaire, voire de l’imagerie cérébrale (IRM)
Pupillométrie
Réalisation pratique
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Votre animal est installé calmement, sans contrainte ni douleur. Pas besoins de sédation ou d'anesthésie.
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L'examen rapide, non invasif (pas de contact avec l'oeil), indolore et facile à mettre en oeuvre chez des animaux peu coopératifs.
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L’appareil observe l’œil grâce à une caméra les réactions de la pupille à une stimulation lumineuse brève de couleur rouge ou bleue.
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Pendant tout ce temps, l’appareil enregistre en continu la taille de la pupille et la manière dont elle change.
Quelles informations obtient-on ?
Les informations obtenues sont les suivantes :
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la taille de la pupille au repos,
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la rapidité de réaction après l’arrivée de la lumière,
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la force de la constriction (à quel point la pupille se ferme),
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la vitesse de ré-ouverture,
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ces valeurs sont chiffrées et un graphique transcrit l'évolution du diamètre pupillaire en fonction du temps.
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Stimulation lumière rouge
Stimulation lumière bleue
À quoi ça sert ?
Ces informations nous aident à évaluer, de manière plus précise, le bon fonctionnement de certaines parties impliquées dans la vision, notamment :
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la rétine (cônes et bâtonnets), grâce à la lumière rouge.
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et les voies nerveuses qui transmettent l’information visuelle, grâce à la lumière bleue.
C’est particulièrement utile quand on suspecte un problème de vision, quand l’examen classique est difficile (animal stressé, douleur, opacité comme une cataracte), ou quand on veut suivre l’évolution dans le temps avec des données comparables.
Voici une liste de quelques pathologies que l'on peut explorer et suivre leur évolution :
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Syndrome d’atrophie rétinienne aiguë (SARD)
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Chez les chiens atteints de SARD, la fonction photoréceptrice est brutalement abolie. L’électrorétinogramme (ERG) est plat, traduisant une absence de réponse des cônes et bâtonnets. La pupillométrie chromatique permet alors, dans certains cas typiques de SARD, d’orienter le diagnostic sans recourir systématiquement à l’ERG. Cela est intéressant surtout dans des contextes où l’ERG est difficilement réalisable.
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Atrophies rétiniennes progressives – Suivi de l’évolution
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Chez de nombreux chiens atteints d’atrophie rétinienne, les propriétaires rapportent que l’animal « voit encore » alors que l’ERG est déjà plat. Les photorécepteurs restants représentent parfois moins de 10 % de la rétine, ce qui suffit à maintenir une certaine fonction visuelle mais pas une réponse ERG mesurable.
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Dans ces situations, la pupillométrie chromatique présente plusieurs intérêts :
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Mettre en évidence une altération progressive de la réponse des photorécepteurs.
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Suivre l’évolution dans le temps en superposant les courbes de pupillométrie réalisées à intervalles réguliers.
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Névrite optique et autres atteintes inflammatoires du nerf optique
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Dans les névrites optiques et certaines neuropathies inflammatoires, la pupillométrie chromatique peut être utilisée pour suivre l’évolution de la fonction du nerf optique au cours du traitement.
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Une pupillométrie hebdomadaire permet, au fil des semaines, d'objectiver la récupération progressive de la contraction pupillaire qu'il nest pas possible de quantifier par un examen ophtalmologique classique.
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Glaucome - Suivi de l’évolution et des traitements
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Dans certains cas de glaucome ou d’hypertension intraoculaire prolongée, il peut exister une atteinte des cellules ganglionnaires (il s'agit d'un type cellulaire différent des cônes et des bâtonnets) .
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Les mesures chiffrées et rapportées sur graphique de cette réponse permettent d'une part d'estimer si le glaucome a engendré un déficit visuel et surtout, par des contrôles pupillométriques réguliers, cet examen permet de mesurer et comparer les réponses au fils du temps et donc d'estimer si la qualité de la vision reste stable ou si au contraire elle se dégrade pour dès lors ajuster le traitement.
LIMITES DE LA PUPILLOMETRIE
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ne donne pas d’image de la rétine (contrairement à l’OCT, à l'échographie ou au fond d’œil).
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ne remplace pas totalement l’ERG, mais peut la compléter.
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N'est pas en corrélation directe avec la vision, mais permet de suivre la tendance évolutive de la qualité visuelle.





